19 décembre 2012

Interview par Blue-Moon.fr

 

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Blue-moon : Nos lecteurs n’ont pu vous découvrir qu’à travers la critique du votre roman et sont certainement très curieux de vous connaître davantage. Qui est donc Céline Landressie ?

Céline Landressie : Que dire ? Eh bien... j’ai 34 ans, suis d’une nature enjouée mais très nerveuse, et suis maman d’un petit garçon âgé d’un peu plus de deux ans qui occupe presque tout mon temps. Concernant la question de mon cursus (que l’on m’a plusieurs fois posée), cela vous surprendra peut-être mais je n’en ai pas le moindre. Ayant eu un parcours quelque peu... atypique, dirons-nous, j’ai rapidement quitté les bancs de l’école. Ma scolarisation a pris fin au collège, lors du premier trimestre de quatrième. Mis à part une formation professionnelle accélérée d’une dizaine de mois, qui déboucha sur un diplôme de comptabilité, je n’ai jamais plus fréquenté le moindre établissement d’enseignement scolaire ou parascolaire. Je compte donc au nombre des autodidactes.

Blue-moon : Votre roman est très inscrit dans l’histoire du seizième siècle. Avez-vous un goût particulier pour l’histoire, pour cette période en particulier ? Comment avez-vous travaillé pour vous documenter sur cette période très troublée mais si riche ?

C. L :J’ai toujours été fascinée par l’histoire. Spécialement par l’histoire de France, laquelle est riche en conjurations variées et trahisons retentissantes. Cependant, je n’aurais jamais le culot de prétendre être une amatrice éclairée, ni même une amatrice tout court. J’aime l’histoire, oui, mais j’ai dans sa connaissance d’énormes lacunes. Hélas ! Le XVIe siècle m’était plutôt méconnu. Comme j’ambitionnai pour la saga une dimension vraisemblable d’un point de vue historique, j’ai passé plus de six mois à lire divers ouvrages traitant de la période, et des personnages emblématiques qui y vécurent. Par la suite, lors de la rédaction du roman à proprement parlé, je me suis souvent interrompue pour vérifier tel ou tel autre point. Des recherches parfois longues et fastidieuses, mais que je n’envisageai pas d’ignorer. Puisque cette saga se veut réaliste historiquement parlant, je continuerai à travailler cet aspect autant qu’il me semblera nécessaire pour que le « cadre » soit plausible.

BM :  Votre style est très soigné et fluide et est d’ailleurs un des grands plaisirs de lecture du livre. Est-ce pour coller à l’époque ancienne de votre histoire ou un goût pour notre langue ?

CL : Il est essentiel que la narration colle un minimum à l’époque qu’elle dépeint. Mais ce style est véritablement le mien, il m’est naturel. J’ai besoin de beaucoup de calme pour travailler, j’écris très posément, car je recherche le mot juste, la tournure exacte pour décrire ce que j’ai en tête. Ce pourquoi je peaufine et remanie à l’envie, jusqu’à obtention du degré d’émotion/subtilité/clarté (rayez la mention inutile) souhaité. J’attache également une grande importance à la musicalité du texte. Lorsque je me relis, si le texte « accroche », je ne peux pas continuer tant que ce n’est pas rectifié. Car selon moi, qualité et accessibilité ne sont pas antagonistes. Quand je prends la plume, je m’efforce de mériter l’un et l’autre de ces adjectifs.

BM :  Vos personnages principaux sont fascinants tout particulièrement Rose qui est une femme atypique pour son époque. D’où est venue l’inspiration pour la créer ? A-t-elle un modèle qui a existé ?

CL : Rose est une femme avant-gardiste et courageuse, comme il y en eut à toutes les époques. La genèse de ce personnage réside sans doute dans mon manque de goût pour les héroïnes frêles et indécises. Pour être touchant, un individu n’a pas nécessairement à être faible. La combativité ou la vaillance d’un être ne lui enlève en rien sa faculté à s’émouvoir. Être doté d’un solide caractère ne préserve pas des revers de la vie. Cela n’empêche pas non plus d’en souffrir. Très loin s’en faut... Si j’en ai l’intime conviction, c’est aussi que j’ai eu la chance d’avoir autour de moi des femmes de cette trempe. D’autre part, de même que l’on amalgame trop souvent romantisme et mièvrerie, il me semble que l’on confond volontiers sensibilité et sensiblerie. Un gouffre sépare pourtant chacun de ces termes. Je désirai un personnage qui soit le rappel de ces nuances. Rose est sensible, oui, voire émotive, mais c’est surtout une femme forte et combattive aux prises avec un monde intransigeant.

BM : Votre héros, Artus, est tout aussi fascinant. C’est le personnage paranormal du récit même si jamais sa nature n’est vraiment dite dans le livre. Il a pourtant toutes les caractéristiques de ceux de son espèce : il est séduisant, charismatique, fascinant et dangereux. Là aussi, d’où vient ce personnage ?

CL : Les qualificatifs que vous énumérez sont ceux que notre inconscient collectif attribue à ces créatures. Ma conception personnelle reprend une partie de cette vision et l’entremêle à une déclinaison du mythe qui m’est propre. Le personnage d’Artus est (j’espère) aussi dense, complexe, ambivalent et captivant dans le roman qu’il m’apparaît lorsque je l’évoque... Quant à rationnaliser le comment et le pourquoi il est ainsi fait, je ne le pourrais pas. Il est comme cela. C’est tout.

BM : Votre roman se découpe en deux parties très distinctes. Dans la première, il s’agit d’une intéressante histoire qui aurait pu déboucher sur un roman historique, la seconde est bien plus mystérieuse et surnaturelle et tout laisse à penser que la suite le sera aussi. Avez-vous voulu ainsi cette construction, pour surprendre le lecteur, le faire glisser lentement dans le paranormal ?

CL : C’est tout à fait cela. Parce que le fantastique n’existe qu’au cœur de la banalité, j’ai souhaité amener le lecteur à effectuer le même angoissant périple que le personnage principal. J’ai voulu qu’il assiste lui aussi à l’altération de cette banale réalité. Or, pour que le lecteur prenne vraiment la mesure de cette modification, et de ses répercussions, il fallait d’abord qu’il ait suivi la ritournelle du quotidien au côté du personnage. Une rengaine qui peut être difficile à percevoir pour nous. Car de nos jours, les logis grouillent de milles activités possibles. On saute de la télé à la console, puis de la console à l’ordinateur, sur lequel on surfe distraitement tandis que l’on envoie un SMS à un ami pour programmer une soirée ciné... Or, au XVIe siècle, il n’y avait rien de si trépidant. La vie s’écoulait sur un rythme beaucoup plus lent, et l’on sentait bien davantage le passage du temps. Cette monotonie (très pesante lorsqu’on était née femme et aristocrate) était, pour moi, importante à faire passer afin que le lecteur appréhende bien ce qu’est la vie de Rose.

BM : En tant que lectrice de romance, j’ai trouvé que tout était réuni dans votre roman pour une grande histoire d’amour entre vos héros, Rose et Artus. Je ne vais pas vous demander si cela sera le cas, car je pense que vous ne répondrez pas totalement ! Mais je pense que vous pourriez un jour écrire une très belle romance historique. Qu’en pensez-vous ?

CL : J’en pense que je vous sais gré de tous ces éloges ! Toutefois, je crains fort de n’avoir pas l’envie d’écrire une « simple » romance. Si j’ai un goût prononcé pour le romantisme, je ne peux le décliner sans adjoindre le sel du merveilleux.

BM : A la fin de ce premier tome, nous attendons bien-sûr la suite avec impatience. Quand pourrons-nous la déguster et que pouvez-vous nous en dire d’ores et déjà ?

*à propos du tome 2 !* CL : Le second tome paraîtra début Mai 2013. Que vous en dire ? L’exercice va être très délicat, car pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte je vais devoir rester assez évasive. Je vais cependant essayer... Ce que je puis dire, pour commencer, c’est que comparativement à "la Floraison" qui était un tome où l’on découvrait les personnages et où l’on était progressivement introduit dans l’univers fantastique sous-jacent à notre monde, le deuxième volume entrera plus vite dans le vif du sujet. C’est un fait coutumier dans les sagas. Plus encore dans celles qui prennent réellement le temps de se développer. Or, personnellement, j’adore prendre mon temps. Une bonne histoire ne s’entend, à mon sens, que lorsque les personnages sont denses et le contexte travaillé. Le décor historique sera toujours un élément important du roman, même s’il sera un peu moins présent que dans le premier opus. Bien que je qualifie volontiers cette saga d’« historico-fantastique », il ne faut pas perdre de vue qu’elle est davantage fantastique qu’historique... Les chimères que véhiculent la littérature de l’imaginaire me furent souvent (me sont encore, à dire vrai) de précieux refuges. Mon vœu le plus cher est de faire partager cet onirisme à ceux qui voudront bien me lire, de leur fournir un havre de rêverie égal à ceux que j’ai pu moi-même côtoyer... Le rythme du second tome sera, je crois, différent de celui du premier. C’est voulu. Le monde que je décris n’est pas un monde figé. D’autant moins qu’il est étroitement lié au monde des hommes, à notre monde, qui est, lui, en perpétuel mouvement. Cette différence de tempo explique aussi, en partie, la légère mise en retrait du contexte historique. Ce ne sera pas toujours le cas. Par exemple, dans le troisième tome (sur lequel je travaille actuellement), le contexte historique sera beaucoup plus perceptible. Bien sûr, les interactions entre les personnages, ainsi que leur psyché, seront toujours primordiales. Sur ce point, la tonalité intimiste restera inchangée. Mais bien entendu il y a aura davantage de choses à narrer, puisque les personnages s’étoffent, se révèlent peu à peu, et que je peux commencer à moissonner les graines semées dans le premier opus.

BM : Votre livre est publié chez un petit éditeur, L’homme sans nom (quel nom intéressant !). Est-il difficile de se faire éditer de nos jours chez de grands ou petits éditeurs quand on écrit un livre comme le vôtre ? Que pensez-vous de l’édition actuellement alors que le numérique se développe et l’auto-édition explose ?

CL : Il est très difficile de se faire éditer de façon générale, et, ce me semble, plus particulièrement encore lorsque l’on évolue dans la littérature de l’imaginaire, laquelle est globalement dépréciée par les élites de notre pays. Plus la maison d’édition est grosse, et moindre sont les chances que l’on s’arrête sur votre texte. Si je devais hasarder une théorie, je dirais que cela est dû, d’une part, au fait que de nombreux gros éditeurs préfèrent aller chercher leurs textes hors frontières (quoique ces temps-ci la tendance semble s’inverser, ce qui est une excellente chose) ; et, d’autre part, car ces mêmes maisons reçoivent beaucoup d’ouvrages « présentés », si j’ose dire. C’est-à-dire des textes conseillés par untel ou untel qui a ses entrées dans la maison d’édition. Tout cela ne laisse pas guère de place pour les manuscrits soumis spontanément, je pense. Cela explique certainement le phénomène de l’auto-édition. Par la voie classique, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Or, nous sommes nombreux à nous sentir la fibre littéraire (à tort ou à raison ^^). Ce que je pense de cela ? Comme souvent, il y a du bon et du mauvais. Ce sont les deux faces d’une même pièce : le bon côté de la chose est que cela donne une seconde chance aux œuvres de qualité refusées par les éditeurs traditionnels ; et le mauvais côté de la chose est que puisque tout le monde peut tenter l’aventure, il y a surproduction de titres, de qualité très variable, qui inondent littéralement le marché et dissolvent dans leur masse les textes déjà injustement écartés par les éditeurs classiques. Quant à l’édition numérique, je crois que c’est un secteur d’avenir. Il convient de le penser et de le travailler intelligemment. Cependant, j’espère que cela ne se développera pas au détriment du livre traditionnel. Car pour moi, le livre en tant qu’objet est précieux. Il se collectionne, se chérit. C’est un compagnon de papier qui nous suit parfois des années durant, et qui aura toujours plus de valeur à mes yeux qu’un fichier dématérialisé. Pourquoi ? Eh bien, un simple exemple : comment faites-vous dédicacez un livre numérique ? Avec une tablette graphique ? (sourire) Vraiment, je souhaite qu’il y a ait de la place pour les deux présentations du livre : l’imprimée autant que la numérique.

BM : Avez-vous d’autres projets littéraires en dehors de la poursuite de votre série ?

CL : Oui, j’ai d’autres projets, en effet. Il m’est venu plusieurs idées depuis que j’ai commencé à travailler sur Rose Morte, en plus de celles que j’avais déjà. Toutes sont à classer dans le fantastique, mais aucune autre (pour le moment, en tout cas) dans le sous-genre littérature vampirique. Espérons que j’aurais un jour l’occasion de développer ces divers projets.

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Merci à Callixta pour cette interview :) !

Posté par Céline Landressie à 08:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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